Dieu merci, Il n’y a pas eu de casse depuis plusieurs jours, si ce n’est que quelques avaries tout de même importantes mais sans conséquence sur le classement. La performance des bateaux ne semble pas affectée non plus. Dee Caffari n’a presque plus de grand-voile, Roland Jourdain a tapé dans un cétacé, ce qui a entraîné des dommages considérables au pied de mât. Mais il a pu réparer. Quant à Marc Guillemot, le héros de cette 6ième édition du Vendée-Globe a dû s’arrêter de nouveau pour venir à bout de réparer son rail de grand-voile.
De façon générale, on sent que nombre de concurrents ont aussi levé le pied, se concentrant à priori sur l’objectif de terminer la course. C’est d’ailleurs avec soulagement que l’on voit ceux-ci franchir un à un le cap Horn qui marque la délivrance des agressives mers du sud. Car il ne fait aucun doute que ce Vendée-Globe est en train de faire sa marque comme étant l’un des plus difficiles de tous. Trois concurrents traînent toujours en chemin et n’ont pas encore franchit le détroit de Drake. Il s’agit de Rich Wilson, Raphael Dinelli et Norbert Sedlaceck.
Finalement, tous les autres concurrents qui se trouvaient hors course ont maintenant rejoint des ports où la plupart d’entre eux ont entamé des réparations afin de remettre en état leur bateau meurtri par les foudroyants et successifs bastons qui ont marqué cette course.
Certains sont même déjà en mesure de reprendre la mer. C’est le cas du seul concurrent canadien Derek Hatfield qui, dans un communiqué reçu aujourd’hui, annonçait qu’il met aux enchères deux places sur son Open 60 pour un voyage de retour via les mers du grand sud et le Cap Horn. Une aventure extrême qui vaut la peine d’être vécu si vous avez les moyens.
Par Pierre Morel Journaliste et éditeur du Hubl’eau
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Bonne lecture à tous!
Matane 11 janvier 2008
Palpitant ce sixième Vendée Globe, d’abord parce que l’on y retrouve un mélange d’expérience et de jeunesse qui ne cesse de surprendre et prouve qu’elle est prête à prendre la relève. Mais ce Vendée Globe 2008-2009 c’est aussi celui de la casse puisque 60% de la flotte, soit 18 des 30 engagés au départ, le 9 novembre ont été contraints à l’abandon.
Est-ce que l’abordage dont a été victime d’Hugo Boss d’Alex Thompson, lors de son arrivée aux Sables, le 17 octobre, était un signe annonciateur…? La réponse a été donnée rapidement puisqu’à peine deux jours après le départ, trois navigateurs, Marc Thiercelin (DCNS), Kito De Pavant (Groupe Bel) et Yannick Bestaven (Aquarelle.com) étaient victimes d’un démâtage, donnant un cachet dramatique à ce début de course. Deux jours plus tard, c’était au tour d’Hugo Boss d’abandonner à la suite d’une voie d’eau, relié certainement à la réparation hâtive qu’il avait dû effectuer avant de prendre le départ.
On connaît la suite, avaries de gréement, bris de quille ou de safran, barres de flèches cassées, accident et chavirage…
Reste que toutes ces avaries ne seraient-elle pas le résultat du fait que l’on désire aller toujours plus vite…? Aurait-on atteint un point de rupture entre ce désir de vitesse et de légèreté pour battre obligatoirement un record.
Évidemment, l’intégration des matériaux composites aux structures des voiliers favorise la performance, mais qu’en est-il vraiment de la fiabilité et de la résistance? Pousse-t-on ces machines à leur extrême limite dans des mers agitées ou chaque vague que l’on franchi assène un coup au bateau, comme autant de blessures qu’on lui inflige.
Dans ce contexte, on en demande aussi beaucoup aux skippers qui doivent assurer une vigile presque permanente pour limiter les risques et contrôler les éléments. Accumulant fatigue par-dessus fatigue ils souffrent donc autant que leur voilier dans cette quête de leur tour du monde.
Le chavirage de VM Matériaux de Jean Le Cam, au moment où semble-t-il, il prenait une pause sommeil, en est un exemple. Cet incident, arrivée 12 ans presque jour pour jour avec celui qui a coûté la vie à Gerry Rouff, le 7 janvier 1997, n’est pas sans nous rappeler que la mer, lorsqu’on lui lance un défi, reprend ses droits. Heureusement, cependant, l’opération sauvetage menée par la direction de course et le courage de Vincent Riou ont évité le pire. Riou a cependant démâté à son tour peu après avoir franchi le Cap Horn mercredi.
On dira qu’il n’y a jamais eu autant de sécurité autour d’une telle course. Communications ultra-rapides, balises de localisation, de détresse et même modification du parcours pour éviter les icebergs, oui, toute une technologie, il faut l’admettre. Mais en vertu des conditions exécrables qu’ont dû affronter les skippers tant dans l’océan Indien que dans le Pacifique, qui était loin de porter son nom, il faut peut-être songer à des voiliers un peu plus costauds pour faire face aux humeurs océaniques, qui encaissent aussi les foudres des changements climatiques.
Malgré tout, ce Vendée Globe réserve enfin de belles surprises comme les performances de Samantha Davies sur Roxy et d’Armel Le Cléach sur Brit-Air, qui tous deux à leur première expérience, se retrouvent dans le peloton de tête contre toute attente, peut-être parce qu’ils ont décidé de ménager leur monture.
Pierre Morel

Le 7 janvier 1997, le navigateur Gerry

(photo © Jacques Vapillon / dppi)
M.B. « Il est difficile d’en dire plus que ce qui a été dit jusqu’à maintenant. Pour ma part, je n’ai jamais accompli ce genre de course autour du monde… Comme tous le monde, je suis cette course avec attention. Disons que j’ai trouvé les derniers jours assez incroyables. Jean Lecam qui perd son bateau puis Vincent Rioux qui brise son mât en allant le chercher. J’ai aussi une pensée pour ceux ont vu cette course tourner au désastre. Pour d’autres, c’est assez cocasse. Ils voient leur position au classement s’améliorer. Mais on ne parle pas de distance par rapport au premier. Il s’agit uniquement d’un rang qui descend à chaque avarie encaissée par ceux qui les précèdent. Quant à Michel Desjoyaux, C’est une performance incroyable. Michel est un coureur fantastique. »
V.E.L. Que pensez-vous du nombre important d’abandons, des démâtages et des avaries de quilles qui parsèment une fois de plus cette compétition?
M.B. « Je suis la Volvo Ocean Race et ils ont des équipements comparables. Mâts en carbone, quilles pendulaires, etc. Ils semble qu’ils aient moins de problèmes cette année. Je ne saurais dire la cause exacte de toutes ces avaries, mais une chose demeure, c’est que lorsque l’on enchaîne les dépressions les unes derrière les autres et qu’un seul individu manie le bateau, des éléments comme la fatigue peuvent entrer aussi en ligne de compte. En même temps, on ne peut certes pas blâmer les coureurs. Moi aussi j’aurais cru qu’il y aurait moins de casses cette année et je trouve cela tout de même étrange. Je pense que les autorités du Vendée-Globe, comme les coureurs, les architectes, les ingénieurs et les équipes doivent certainement se poser les mêmes questions comme bon nombre de gens qui suivent la course d’ailleurs. Il y aura certainement des analyses intéressantes à faire au terme de celle-ci. »
V.E.L. Que pensez-vous de cette course technologique effrénée? L’aventure est-elle toujours bel et bien présente?
M.B. «Les temps changent de toute évidence. Mais ce n’est pas la technologie qui a changé le plus, mais bien plutôt la pression que l’on met sur les équipes et les coureurs pour qu’ils gagnent. Les marins sont très talentueux. On compte beaucoup sur eux. Ils doivent pousser les bateaux au maximum avec tous les risques que cela comporte. Il en résulte alors les problèmes que l’on connaît. »
V.E.L. Feriez-vous ce genre de course ?
M.B. «Certainement ! Si j’avais 50 ans de moins. (grands éclats de rires) Bien sûr, si j’étais plus jeune, je la ferais. Même que j’aurais dû la faire quand cela était possible.»
V.E.L. Que pensez-vous de ces portes de sécurité pour éviter les zones sensibles où l’on retrouve des icebergs ?
M.B. « C’est une bonne idée. Évidemment, cela enlève une part de suspens qui était liée au choix des routes que faisaient les skippers. Mais quand on voit ce qui est arrivé à Jean-Pierre Dick, on ne peut que se réjouir que cette décision ait été prise par les organisateurs. D’ailleurs, les nouveaux critères de sécurité sont beaucoup plus élaborés et stricts qu’autrefois et ils ont prouvé durant cette course leur remarquable efficacité. La communication est également bien meilleure qu’’elle ne l’était. Elle permet des interventions rapides et le suivit efficace des schémas d’un pays à un autre. »
V.E.L. La question qui tue : Qui va gagner cette course. Croyez-vous que Desjoyaux résistera jusqu’à la fin à la pression et aux assauts de Roland Jourdain ?
M.B. «Effectivement, c’est une question fort embêtante. (rires) Pas de doutes quant aux capacités de Desjoyaux, ça, c’est sûr. C’est surtout le côté impondérable qui peut poser problèmes. On l’a vu avec Jean-Pierre Dick qui a fait une course sensationnelle. Et pourtant, cela s’est terminé de très mauvaise façon. La course est encore très longue et tout peut arriver. Une chose est sûre. Même si les gars doivent être extrêmement heureux d’avoir passé le Cap Horn, malgré cela, ils ne souffleront d’aise qu’une fois arrivés aux Sables d’Olones et pas avant !»
V.E.L. Avez-vous suivi Derek Hatfield ?
M.B. Je n’ai pas suivi beaucoup le début de la course. Je sais qu’il a connu certains problèmes et qu’entre autres, il n’a pas terminé la course. Il faut comprendre que malgré son expérience, il n’a jamais eu un soutien comparable à celui qu’ont des leaders tels que Desjoyaux, Peyron ou LeCam. La course au large souffre beaucoup de ses perceptions et de sa culture au Canada où les sports nationaux sont avant tout le hockey, le football et le baseball. Or, il faut être très entraîné pour faire un tour du monde comme celui-là. Ce n’est pas tout d’avoir un bon bateau. Ça vous prend une équipe de préparation et surtout, un très bon entraînement. Cela semble avoir cruellement fait défaut. Ceci étant dit, ce que Derek a fait est extraordinaire et il est à espérer que ça éveillera l’intérêt chez des sponsors potentiels.
V.E.L. Suivez-vous le tour du monde de Thomas Coville ? Il tente de battre le record de Francis Joyon.
M
.B. «Oui, un peu. Je ne le suis pas tous les jours mais je lis ce qu’on rapporte çà et là. J’avoue qu’il y a beaucoup de questions entourant ce genre de défi. Le fait que les coureurs partent losqu’une fenêtre météo leur est favorable fait que la compétition est quelque peu inégale selon moi. Personnellement, je préfère lorsque les coureurs sont côte à côte. Bien que cela n’enlève rien aux qualités extraordinaires de l’exploit. Mais je souhaite vivement voir au plus vite une course mettant en scène tous ces multicoques géants. Cela sera des plus excitants. »
Il importe toutefois de ne pas se laisser emporter par notre enthousiasme. Il faut se rappeler que notre but premier demeure la promotion de la voile sportive de compétition par la mise sur pied d’une offre crédible de vitrine médiatique. Rappelons aussi qu’au Québec, malheureusement, les médias traditionnels ne manifestent que peu d’intérêt pour ce sport pourtant magnifique.
C’est pourquoi, au courant des mois à venir, l’entreprise Spi Médias s’affairera à une mise à niveau complète de ce média spécialisé qu’est Voile en ligne. Un véritable site internet verra le jour. Des collaborateurs sont en voie de re recrutement et l’emphase sera davantage mis sur la couverture des activités québécoises de voile sportive. Nous sommes conscients du fait que nous avons beaucoup couvert ce qui se passe à l’étranger. Nous allons corriger cela pour que les sportifs de chez nous puissent davantage en bénéficier et que le public, lui, puisse apprécier le fruit des efforts de ces athlètes d’exception. Dans les mois qui viennent, nous mettrons encore plus d’énergie pour que les compétiteurs du Québec aient la visibilité qu’ils méritent.
En attendant, en guise de cadeau, Voile en ligne vous offre ce matin une entrevue exclusive avec le plus célèbre navigateur québécois, Mike Birch, qui nous livre aujourd’hui ses impressions sur ce 6ième Vendée-Globe.
Merci à Mike ! Merci à tous nos lecteurs.







