Crédits photos: Prince de Bretagne © DR et © Bruno Bouvry-Images de mer pour la Solidaire du Chocolat.
« Le premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers » dit-on dans les Évangiles. Or si vraiment Dieu a dit ça, c’est qu’il savait probablement jusqu’à quel point, en course océanique du moins, celles et ceux qui terminent dernier en bavent. C’est le cas du trimaran de Prince de Bretagne de Hervé Cléris et Chrisophe Dietsch qui est enfin arrivé hier à Puerto Limon au Costa-Rica.
Les deux navigateurs ont fait la distance sur 30 jours 11 heures et 39 minutes à la vitesse moyenne de 6,88 nœuds. On peut dire d’Hervé Cléris et Christophe Dietsch qu’ils sont deux entêtés de première. Personnellement, je ne connais pas beaucoup de gens qui n’auraient pas jeté la serviette à grand coup de pieds dans le panier à linge face aux ennuis à répétition qu’a connus ce duo. Ces deux là sont faits sur mesure pour des gants de boxe…
Rappelons qu’Hervé Cléris a premièrement vu son trimaran flambant neuf se désintégrer sous ses yeux, le flotteur tribord ayant décidé de dire merde au reste du bateau à quelques jours du départ de la transat. Hervé Cléris s’est alors retourné sur une pièce de dix cents pour armer le Prince de Bretagne 1. Après plusieurs jours de travail, le bateau a pu prendre le départ de la course. Mais s’était sans compter sur une série d’avaries au chariot de grand-voile qui allait ramener au port les deux marin non pas une mais bien deux fois. Et là, on ne parle même pas des magistrales coups de vent qui ont marqué le début de la course. Voilà pourquoi les marins sont toujours des gagnants et ce, même s’ils arrivent derniers.
La Solidaire du chocolat n’est pas en reste. Elle a vu le Class 40 ORBIS Flying Eye Hospital ‘Saving Sight Worldwide du duo britanno-irlandais Stephen Card et Shaun Murphy finir la course au terme d’un interminable 34 jours 17 heures et 42 minutes de mer. Les deux hommes épuisés étaient aussi rationnés en eau depuis plusieurs jours et le moteur de leur bateau fonctionnaient aux vapeurs des millilitres de carburant qui leur restait.
Voilà ce qui fait la grandeur de ce sport. Traverser la mer restera toujours une entreprise risquée et difficile physiquement. Le résultat au classement aura bien sûr toujours son importance. Mais il demeure que celles et ceux qui finissent en queue de peloton auront mis beaucoup plus de temps et d’effort que les premiers arrivés. Ils suscitent donc l’admiration autant sinon plus que les vainqueurs. La voile est donc logiquement un sport où ceux qui perdent gagnent aussi.
Photo: http://voile.whaou.com
Le trimaran Crêpes Whaou a subie une avarie importante. Après les festivités ayant marqué la victoire du trimaran rouge, l’équipe de Franck-Yves Escoffier était à convoyer le multicoque vers la Guadeloupe où il devait être chargé sur un cargo et ramené en France, lorsqu’ils se sont aperçu qu’une fissure ornait le bras de liaison avant sur bâbord.
Bien qu’à première vu, il ne semblait y avoir rien d’alarmant, Franck-Yves Escoffier n’a tout de même pris aucun risque. Il a immédiatement contacté son équipe et mis le cap sur la République-Dominicaine où il est présentement au mouillage dans la baie de Las Salinas à Saint- Domingue. C’est de là que le cargo prendra charge du coursier pour le ramener en France. Une inspection exhaustive sera par la suite effectué sur le bateau au complet et principalement sur la fissure suspecte pour connaître l’étendue des dégâts et surtout savoir ce qui en est la cause.
On sait qu’un peu plus tôt cet automne, l’équipe de Prince de Bretagne II avait récupéré de justesse son bateau suite à la rupture total de l’un des bras de liaison tribord. l’autre bras avait cédé un peu plus tard, causant presque le chavirage du trimaran. Hervé Cléris et ses hommes avaient pu sauvé le bateau de justesse en le placant de manière à ce que côté endommagé soit sous le vent. Quant au flotteur, il avait alors été récupéré alors qu’il ne tenait plus que par son trampoline.
Pendant ce temps, Prince de Bretagne 1 qui a été armé pour remplacer à pied levé son dauphin et prendre part à la Transat Jacques-Vabre est toujours ce matin à 1382 milles nautiques de l’arrivée. Hervé Cléris et Christophe Diestsch avancent à 12 nœuds et devraient faire leur entrée en mer des Caraïbes un peu plus tard aujourd’hui.
Crédit photo: Pascal Desroches
Les dommages occasionnés par la perte du flotteur du nouveau trimaran d’Hervé Cléris lors d’une sortie de routine continuent de faire des vagues dans le monde de la course au large et ce, autant en Europe que de ce côté-ci de l’Atlantique.
« Ah non, t’es pas sérieux ? »
Joint par courriel, le navigateur lévisien Charles Mony qui est à la fois un ami d’Hervé Cléris et un membre actif du team a révélé à Voile en Ligne qu’il était justement avec l’équipe lorsque cette dernière a pris part à l’épreuve de Saint-Qay-Portieux à bord du trimaran flambant neuf quelques jours auparavant et que rien à ce moment ne laissait présager d’une telle avarie. « C’est le choc » affirme Charles Mony.
Même chose du côté de Gaël Simon qui a lui aussi pris part à la Transat Québec Saint-Malo l’an passé avec Hervé Cléris et Charles Mony, et à qui nous avons appris la nouvelle par téléphone. La réaction en a été une d’incrédulité. « Je n’en reviens tout simplement pas. Comment une telle chose a bien pu se produire ? » questionnait le marin lorsque rejoint chez lui dans la matinée vendredi dernier. « Fichtre ! Ils travaillent sur ce projet depuis deux ans. Ça me donne des hauts le cœur pour eux ce matin » de conclure Gaël Simon.
Des mois seront nécessaires pour reconstruire la structure. Il faudra démâter le bateau, l’installer à l’intérieur d’un hangar, procéder à de multiples expertises et corriger ce qui doit l’être afin de s’assurer de la navigabilité du coursier dans le futur. Un délai beaucoup trop long pour espérer aligner ce bateau sur la ligne de départ de la prochaine Transat Jacques-Vabre.
Entre temps, l’équipe s’est rapidement viré de bord. C’est connu qu’Hervé Cléris est opiniâtre. Lui et l’équipe en ont vu d’autres et surtout, ils ont du ressort. Refusant de baisser les bras, le navigateur prendra quand même part à la transat Jacques Vabre 2009. Il partira sur le même trimaran qu’il avait pris l’an dernier lors de la Transat Québec-Saint-Malo.
Après les premières heures où il a fallu digérer cette vilaine fortune de mer, et fort du soutien de son sponsor, Hervé Cléris et son groupe se sont remis au travail. Ils arment présentement le Trimaran Prince de Bretagne 1 pour lui permettre de prendre le départ de la transat prévu le 8 novembre prochain.








