
Crédit photo: Service de presse de la Transat Jacques Vabre © 2011
Au moment d’écrire ces lignes, trois bateaux étaient encore en mer. Tous des Class 40. Phénix Europe Express est en approche de Puerto Limon et n’est plus qu’à une dizaine de milles. Deux autres voiliers se livrent bataille pour ne pas finir au denier rang à un peu plus de 500 milles de l’arrivée. Il s’agit de Hip Co Blue et de Partouche. Les deux ont opté pour des solutions radicalement sud avec le résultat que l’on sait. Ils devraient mettre pied à terre mercredi.
Les vainqueurs ont quant à eux été couronnés. En IMOCA Jean Pierre Pierre Dick a été le premier de toute la flotte. Quel bonheur de voir Jérémie Beyou aussi heureux, lui qui n’avait pas goûté au champagne depuis des lustres et qui avait encaissé diverses fortunes de mer en plus de perdre son sponsor au terme du dernier Vendée-Globe.
Ce fut aussi une joie immense et un soulagement chez Hugo Boss. Alex Thompson qui a vu le ciel s’écrouler sur sa tête au cours des dernières années a enfin pu terminer une course et surtout, il a rivalisé de manière brillante contre les meilleurs et les mieux équipés du circuit. Déception cependant pour Mike Golding qui naviguait avec le seul Québécois en lice Bruno Dubois. L’équipe Gamesa a choisi une option sud qui s’est avérée être désastreuse cette année, l’alizé se faisant capricieux. Un pari sur le mauvais cheval.
En Class 40, la victoire de Yannick Bestaven a aussi quelque chose de réconfortant. En voilà un autre qui en avait bavé et qui du coup, attendait ce moment depuis longtemps. Tout comme Éric Drouglazet qui en dépit de son expérience et de son indéniable talent, n’est pas parvenu à s’acheter une victoire sur une traversée de l’océan.
L’une des particularités de ce sport est sans doute la cruauté du sort qui semble parfois s’acharner sur les mêmes. Marc Thiercelin n’est pourtant pas un jambon comme on dit en terme de boxe. Pourtant il n’arrive plus à gagner ni même à finir une traversée. La chance semble également avoir aussi abandonné Franck-Yves Escoffier qui navigue pourtant avec un bateau neuf et ne parvient plus lui non plus à traverser sans voir sa course interrompue par une avarie.
C’est donc Actual d’Yves LeBlevec qui a remporté la victoire chez les multis 50. LeBlevec était accompagné de l’architecte naval Sam Manuard qui signe une première victoire en grand prix. La deuxième place a été remportée par Loick Fequet et Loick Escoffier sur Maître Jacques. Seuls deux trimarans 50′ auront survécu à la météo sans pitié qui a marqué la première partie de cette course. Tous les autres ont rebroussé chemin victime d’avaries.
Cette édition de la Transat Jacques Vabre aura d’ailleurs été marquée par un nombre très élevé d’avaries. Celle ayant marqué le plus est sans doute Cheminée Poujoulat qui était perçu comme l’un des favoris. Le bateau flambant neuf est passé bien près de couler après l’évacuation de ses occupants par hélicoptère. Une vive déception, car les attentes étaient élevées face à ce nouveau joueur. On dit toujours que le matériel est remplaçable. Néanmoins, perdre ce voilier eut été un drame pour tous celles et ceux qui ont mis tant d’heures de travail et d’argent sur ce projet. Récupéré in extremis, le bateau est maintenant au séchoir sur un quai des Açores.
D’autres favoris ont vu leur course s’éteindre prématurément. Parmi eux des coureurs aussi expérimentés et émérites que Thierry Bouchard et Tanguy DeLamothe en Class 40 ou encore Vincent Rioux en IMOCA. Mais ce qui nous a tous sciés, c’est l’abandon du Class 40 Concise 2. Les deux jeunes recrues Britanniques Ned Collier Wakefield et Sam Goodchild faisaient une course splendide et occupaient le premier rang quand ils ont été frappés par le mauvais sort et ont dû rebrousser chemin suite à un délaminage.
Les outsiders ont d’ailleurs été les grandes vedettes de cette dixième édition de la Transat Jacques Vabre avec la magnifique troisième place du duo britanno-américain formé de Hannah Jenner et Jesse Naimark sur 40 Degrees en Class 40 ainsi que la belle prestation des frères Burton en IMOCA.
Du reste, on s’ennuie du Brésil et des grands trimarans ORMA. Ces facteurs combinés à une couverture télévisuelle pauvre et un déficit toujours présent quant à l’internationalisation des classes IMOCA et Multis 50 ont fait en sorte que la Transat Jacques Vabre doit se réinventer.
Le site internet bien qu’esthétiquement réussi, est lourd et techniquement ennuyeux du point de vue de sa navigation. Il ne permettait pas à un nouveau venu de savoir rapidement ce qu’il désire savoir. Un exemple bien simple: On a fait un onglet « prendre la mer » dans lequel se retrouvait tout ce qui aurait dû être sous l’onglet « s’informer ». Ce sont là des petits riens direz-vous sans doute. Mais quand on a une tâche de pédagogie d’un sport dont le grand public est loin de maîtriser toutes les susceptibilités, on comprendra alors que l’expression anglaise « small is beautiful » prend tout son sens.
Ne pas avoir retransmis le départ en direct est une autre erreur monumentale. Mais elle n’incombe pas seulement qu’aux organisateurs. C’est connu que les médias européens ont la patience proportionnelle à leur budget de fonctionnement. Et comme on le sait, par les temps qui courent, il vaut mieux vivre ici qu’en Europe où le diable est aux vaches dans plusieurs pays. L’austérité budgétaire est le mot d’ordre partout, la nervosité est omniprésente chez les investisseurs et les conséquences en sont que plusieurs questionnent les investissements dans le sponsoring à l’heure des mises à pied et des délocalisations.
Ce serait dommage que le milieu de la voile subisse des contrecoups de ce vent de morosité. Car en dépit de ses quelques défauts bien mineurs, la Transat Jacques-Vabre a encore offert un spectacle étonnant et des performances sportives qui suscitent l’admiration. Il n’y a pas beaucoup de gens qui vous diront qu’un engagement dans la voile ne vaut pas le prix payé, bien au contraire. S’il est un sport faisant l’unanimité, c’est bien la voile surtout par son caractère structurant et écologique.
Nous savons que l’économie de demain passe par l’écoresponsabilité. La voile et la Transat Jacques-Vabre remportent à ce titre le premier prix et sont d’extraordinaires outils de sensibilisation. Si un jour nous en avions la chance, nous les supporterions sans hésiter.

Photo: site de la Transat Jacques-Vabre
La Transat Jacques-Vabre approche à grands pas. Et à quelques mois de l’évènement un rapide coup d’œil sur la liste des inscrits montre un tableau assez dégarni dans la classe des multis de 50 pieds. Un seul nom jusqu’à présent. Bien sûr, il est encore tôt.
Aussi, à moins d’un changement de dernière minute, il semble que l’on ne verra pas cette année le duo LeCam-Jourdain. Pas plus que Sébastien Josse d’ailleurs qui à l’instar de Jourdain est accaparé par ses projets en MOD 70. Autre absence de taille que celle de Michel Desjoyeaux. On pourrait dès lors croire que la course s’annonce pour être ennuyeuse. Hé bien détrompez-vous!
Premièrement, mentionnons le retour de la Class 40 sur la Jacques-Vabre. Elle emporte dans ses bagages quelques gros noms parmi les neuf bateaux en lice jusqu’ici. À commencer par le transfuge Yannick Bestaven qui passe de l’IMOCA à la Class 40.
Thierry Bouchard fait aussi un retour. Il naviguera avec Christophe Bouvet. Eric Galmard et Stéphane LeDiraison sont aussi du tableau. Ils s’ajoutent à Tanguy de Lamotte, un habitué qui chevauche une super machine de course. de Lamotte est de loin le plus redoutable de la flotte. Il est incontestablement le favori, l’homme à abattre. Mentionnons également la présence d’une équipe entièrement féminine formée de Stéphanie Alran et Caroline Vieille. Finalement, le paralympiste Damien Séguin sera aux commandes d’un Class 40 avec Yoann Richomme.
En IMOCA, si les souliers des absents sont grands à chausser, le tableau est tout de même bien garni et devrait donner de très bonnes bagarres. Commençons tout d’abord par Arnaud Boissière à qui on a cette fois-ci donné une machine pour rivaliser avec les meilleurs. Puis, quelques questions se posent. Que fera Armel LeCleac’h avec l’ancien Foncia? Verra-t-on enfin le retour de Vincent Riou ou continuera-t-il de n’être que l’homme d’une seule victoire, lui qui n’a pas fait grand-chose qui vaille depuis le Vendée-Globe de 2004?
Alex Thompson pourra-t-il enfin faire une course comme il le désire? Ensuite, comment le Suisse Bernard Stamm se débrouillera-t-il avec son nouveau plan Kouyoumjan qui ressemble davantage à une version réduite d’un VO 70. À surveiller également le duel entre Jean-Pierre Dick et le détenteur du titre Marc Guillemot. Les deux auront dans leurs pattes un Kito DePavant aux commandes d’une machine maximisée.
Et puis il y aura François Gabart qui n’est plus une recrue et qui sera là avec un très bon bateau tandis que Mike Golding voguera pour un nouveau sponsor. On ne peut jamais donner l’Anglais perdant d’avance. Celui que l’on surnomme Goldinger a plus d’un tour dans son sac et est capable de faire marcher un bateau et d’aller vite même avec une enclume.
Comme on peut le voir, les points d’intérêts sont nombreux et donneront une Transat Jacques-Vabre qui sera passionnante. Départ le 30 octobre prochain.
Crédits photos: Prince de Bretagne © DR et © Bruno Bouvry-Images de mer pour la Solidaire du Chocolat.
« Le premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers » dit-on dans les Évangiles. Or si vraiment Dieu a dit ça, c’est qu’il savait probablement jusqu’à quel point, en course océanique du moins, celles et ceux qui terminent dernier en bavent. C’est le cas du trimaran de Prince de Bretagne de Hervé Cléris et Chrisophe Dietsch qui est enfin arrivé hier à Puerto Limon au Costa-Rica.
Les deux navigateurs ont fait la distance sur 30 jours 11 heures et 39 minutes à la vitesse moyenne de 6,88 nœuds. On peut dire d’Hervé Cléris et Christophe Dietsch qu’ils sont deux entêtés de première. Personnellement, je ne connais pas beaucoup de gens qui n’auraient pas jeté la serviette à grand coup de pieds dans le panier à linge face aux ennuis à répétition qu’a connus ce duo. Ces deux là sont faits sur mesure pour des gants de boxe…
Rappelons qu’Hervé Cléris a premièrement vu son trimaran flambant neuf se désintégrer sous ses yeux, le flotteur tribord ayant décidé de dire merde au reste du bateau à quelques jours du départ de la transat. Hervé Cléris s’est alors retourné sur une pièce de dix cents pour armer le Prince de Bretagne 1. Après plusieurs jours de travail, le bateau a pu prendre le départ de la course. Mais s’était sans compter sur une série d’avaries au chariot de grand-voile qui allait ramener au port les deux marin non pas une mais bien deux fois. Et là, on ne parle même pas des magistrales coups de vent qui ont marqué le début de la course. Voilà pourquoi les marins sont toujours des gagnants et ce, même s’ils arrivent derniers.
La Solidaire du chocolat n’est pas en reste. Elle a vu le Class 40 ORBIS Flying Eye Hospital ‘Saving Sight Worldwide du duo britanno-irlandais Stephen Card et Shaun Murphy finir la course au terme d’un interminable 34 jours 17 heures et 42 minutes de mer. Les deux hommes épuisés étaient aussi rationnés en eau depuis plusieurs jours et le moteur de leur bateau fonctionnaient aux vapeurs des millilitres de carburant qui leur restait.
Voilà ce qui fait la grandeur de ce sport. Traverser la mer restera toujours une entreprise risquée et difficile physiquement. Le résultat au classement aura bien sûr toujours son importance. Mais il demeure que celles et ceux qui finissent en queue de peloton auront mis beaucoup plus de temps et d’effort que les premiers arrivés. Ils suscitent donc l’admiration autant sinon plus que les vainqueurs. La voile est donc logiquement un sport où ceux qui perdent gagnent aussi.






