Consternante fin de course pour le champion de 2004 qui ne se rendra pas aux sables d’Olones. Lui et Lecam se trouvait à ce moment, à environ 8 milles dans le nord-est du phare du Cap Horn. On se rappellera que l’origine de ce démâtage vient de l’assistance que Rioux a portée à Jean LeCam lors de son chavirage hier. Il avait à ce moment cassé l’un de ses deux out-riggers
Les deux hommes ne sont pas blessés mais le pont du bateau est semble-t-il très fortement endommagé et il n’y a plus de chandelier. Vincent Rioux a demandé assistance par Pan-Pan afin d’obtenir un remorquage. Ce type d’appel n’étant pas un May-Day, les occupants du bâtiment en détresse n’ont donc pas l’obligation de quitter le navire lors de l’arrivée des sauveteurs. Vincent Rioux pourra donc alors superviser la démarche d’un remorqueur chilien qui devait les prendre en charge autour de 21h00(HNE)
On imagine la scène sur le bateau entre les deux gaulois, farouches adversaires que sont Rioux et LeCam. Ce dernier atterré d’être la cause profonde du désastre et l’autre qui n’en fini plus de faire des courses cauchemardesque depuis sa victoire au Vendée-Globe 2004-2005 doit s’arracher les cheveux.
LeCam : – tout ça c’est de ma faute merde !
Rioux : Hé Ho, ne fait pas le con, là ! T’aurait fait la même chose à ma place. Tu serais venu m’aider…
Lecam : Ouais, mais sauf que moi, j’aurais pt’être pas bousillé mon out-rigger…
Et ça y est, c’est reparti !
Isabelle Autissier attend les deux gamins au petit matin à Puerto Williams pour remettre de l’ordre dans tout ça…
Bien sûr, d’aucuns rappelleront l’épisode Helen MacArthur qui avait rattrapé Desjoyaux en 2000 malgré un retard comparable. Le problème est que cette fois ci, il y deux concurrents à rattraper. On ignore les options qu’ils choisiront une fois revenus dans l’Atlantique, mais il serait pour le moins étonnant que deux têtes telles que le prof Desjoyaux et Bilou Jourdain se trompent dans la lecture qu’ils feront de leurs fichiers météo. De plus, si l’un d’eux fait défaillance, l’autre prendra assurément le relais pour contrôler les poursuivants. Le seul espoir qui reste à Jean LeCam demeure de mettre le pied au plancher. Encore faut-il le faire sans casser. Il y a toujours le Pot-Au-Noir, mais avouons que cela relève davantage du hasard et surtout, de la chance.
La course se joue maintenant entre deux concurrents. On a beaucoup parlé du premier à cause de sa remonté spectaculaire du peloton. Après être parti des Sables d’Olones avec plus de 400 milles de retard suite à un retour obligé pour cause de soucis électriques, le prof a écrit un scénario hollywoodien en revenant sur tous les concurrents pour ensuite prendre la tête. Mais depuis, Roland Jourdain ne le quitte plus d’une semelle.
Bilou navigue à moins de 100 milles nautique du monocoque Foncia. Les deux se livrent un duel titanesque. Le skipper de Véolia Environnement se tient en filigrane et attend patiemment son heure pour doubler Desjoyaux. Il applique à ce dernier une pression constante de telle sorte que le prof n’a aucun droit à l’erreur. Il doit garder en tout temps l’œil sur les performances du bateau et sur ses routes. Desjoyaux a bien tenté de distancer Roland Jourdain mais en vain. En bon gestionnaire de course Jourdain ne s’est pas énervé et a pris le temps qu’il fallait pour le rattraper. Depuis, il le garde à vue.
Si on est émerveillé par la course de Michel Desjoyaux, celle de Roland Jourdain force aussi l’admiration. Il faut rappeler que Bilou est fort d’une expérience dans les tours du monde qui fût parfois douloureuse, En 2000, il termine troisième derrière Michel Desjoyaux et Lady Helen MacArthur. En 2004, il est contraint à l’abandon. Après avoir cravaché pendant des semaines pour revenir au contact des meneurs, sa tête de quille se fendille. Bilou doit alors se détourner vers la Nouvelle-Zélande. En 2007, il voit sa course se terminer après un démâtage durant la Barcelonia World Race, course en double qu’il avait entrepris avec son comparse, routeur et conseillé technique Jean-Luc Nélias. En 2006, il remporte in extremis la Route du Rhum devant Jean LeCam après avoir reconstruit sa bôme cassé lors de son passage aux Açores.
Bilou, qui a abandonné à deux reprises une course autour du monde à peu près au même endroit, a avoué avoir soupiré d’aise lors de son passage en Nouvelle-Zélande. Un peu comme si, cette fois-ci, le mauvais sort avait été conjuré une bonne fois pour toutes. Avec plus de 7000 milles nautiques encore à faire, il ne fait aucun doute que tous les espoirs sont permis pour le marin au bateau rouge et blanc. Mais pour voir son rêve se concrétiser. Roland Jourdain a une tâche à accomplir et pas la moindre. Il doit battre le prof Desjoyaux.
Si, et je dis bien si la casse ne change pas encore, pour une sempiternelle fois, l’ordre des choses, on peut se demander comment les poursuivants parviendront à rattraper le roi des mers qu’est Michel Desjoyaux. Imaginez si ce gars là n’avait pas été retardé par ses problèmes électriques du début de course. Où serait-il présentement ?
Seul Roland Jourdain continue de s’accrocher au prof, n’accusant que 62 petits milles de retard. Grâce à Bilou, le suspens persiste et il sera fort intéressant de surveiller les options que prendront les deux skippers à l’approche des trois grands obstacles qu’ils leurs restent à franchir, soit l’anticyclone de Sainte-Hélène, le Pot-au-noir puis l’autre anticyclone, celui des Açores.
Bien sûr, il est encore permis d’espérer pour les poursuivants. Jean LeCam peut encore recoller. LeCléach et Rioux aussi. Mais les trois devront se mettre à l’ouvrage et cesser de naviguer avec la peur des casses au ventre comme c’est le cas présentement. Autrement, Rioux peut dire adieu à un deuxième titre. Quant à LeCam, il devra encore une fois se contenter de « la place du con… »
D’autre part, il ne faudrait pas négliger la navigatrice Samantha Davies qui est sans aucun doute l’une des figures dominante de ce Vendée-Globe. Elle bénéficie d’un crédit en milles compte tenu de son détour pour porter assistance à Yann Eliès. Elle est maintenant en 6ième place et frappe à la porte du carré d’as de cette course.
Bien qu’il était au départ l’un des favoris avec un des plus rapide bateaux de la flotte, Marc Guillemot a manqué de cette indispensable chance qui orne le parcours des vainqueurs du Vendée-Globe. La décision qu’il a prise en début de course était ce que l’on appelle en termes de hockey «un long shot.» Elle aurait tout aussi bien pu payer. Mais hélas, ce ne fût pas le cas. Fort heureusement pour lui, Marc ne fait pas une mauvaise course pour autant, loin de là. En plus, il est devenu une figure emblématique de ce 6ième Vendée-Globe en portant une précieuse et réconfortante assistance à Yann Eliès. Sa présence aux côté du marin sérieusement blessé a permis à tous de respirer d’aise. Finalement, en réparant à lui seul son rail de grand-voile, il a rappelé l’impérissable souvenir d’Yves Parlier qui avait jadis réparé le mât de son bateau au même endroit.
Même s’il ne fait plus parti des meneurs dans ce Vendée-Globe, Marc Guillemot brille en faisant encore une fois étalage du courage qui l’a toujours caractérisé. Incontestablement, il gagne le trophée du meilleur sportif. Et s’il est une chose que cet extraordinaire marin mérite, c’est bien de finir ce Vendée-Globe. Ils seront sans doute nombreux à vouloir aller le saluer dans le chenal des Sables d’Olones et cela sera tout à fait justifié.









