L’opération de sauvetage a été décrite en direct et avec émotion par Marc Guillemot qui, ému aux larmes, semblait revivre avec ses tripes, le calvaire qu’il avait subit il y a quelques années lors du chavirage du multicoque Jet Services IV.
À bord de l’Arunta, une équipe médicale attendait Yann Élies dans une salle d’opération. Il recevra donc des soins immédiatement.
Il faut saluer dans cette triste affaire au dénouement heureux, le professionnalisme des autorités du Vendée-Globe qui semblait cette fois-ci fort bien préparées. Le docteur Jean-Yves Chauve a fait un excellent travail. Quant au soutien de Marc Guillemot et Samantha Davies, que dire de plus sinon qu’ils ont probablement stabilisé l’état psychologique du marin blessé, ce qui a sans doute contribué à démarrer son processus de guérison.
La marine australienne, forte d’une vaste expertise dans le domaine a agi avec la célérité et le professionnalisme qui la caractérise. Finalement, dans cette histoire, qui que nous soyons, nous vivons intensément ce genre de mésaventure. Même nous les scribes, nous n’y échappons pas. Nous retiendrons que la solidarité des gens de mers mais aussi celle des milliers de personnes qui ont soutenu d’une manière ou d’une autre Yann Elies prouve qu’en ce monde, il y a encore du bon. Place à la course maintenant!
Marc Guillemot ne le lâche plus. Il a pu voir Elies lui envoyer un signe de la main de l’intérieur de son bateau. Moment émouvant s’il en est un… La navigatrice Samantha Davies a profité, quant à elle, de forts vents et accéléré. Elle est arrivée un peu plus vite que prévu et est maintenant sur place avec Guillemot. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes samedi et il est 15h00 à Canberra. L’Arunta serait donc arrivée près de Yann Elies et l’opération de récupération ne devrait plus tarder. La frégate Arunta de la marine australienne qui navigue depuis jeudi soir à plein gaz vers Generali, devait fort heureusement arriver sur zone un peu plus tôt que prévu.
La seule ombre au tableau est que durant la journée d’hier, les vents ont forcit à plus de 40 nœuds. Le navigateur blessé a donc dû de se faire brasser considérablement. Notons aussi que toute la course a comme été relégué au second plan par cet accident. Des internautes par milliers ont d’ailleurs fait parvenir des messages à Yann Elies pour le soutenir dans l’épreuve.
Côté compétition, les leaders Desjoyaux et Jourdain plongeait vers le sud au classement de 23h00HNE afin d’éviter une molle. Le premier accroit son avance, tandis que le deuxième tente de s’accrocher comme il peut. Il est maintenant à 80 milles nautiques. Détail significatif, Sébastien Josse et Jean LeCam sont maintenant relégué à plus de 200 milles du premier. L’anticyclone devant ne devrait pas y changer grand-chose dans les heures à venir puisque les leaders ont entamé une manœuvre de contournement par le sud.
La frégate australienne Arunta est présentement en route pour rejoindre, prêter assistance et évacuer au plus vite le navigateur Yann Élies qui s’est comme on le sait, fracturé le fémur plus tôt dans cette 38 journée du Vendée-Globe. Parti à 17h00(GMT) il a appareillé de la ville de Perth en Australie avec 3 heures d’avance sur l’horaire prévu. Dans les meilleures conditions, c’est-à-dire si le temps et la mer coopèrent, il rejoindra le monocoque Generali samedi après-midi.
Pour le moment, tous sont rongés par l’inquiétude quant au sort du marin. L’attente de plus de 48 heures sera sans doute interminable pour Yann Élies, lui qui, à cause de la douleur, ne parvient même pas à franchir les deux mètres qui le sépare de sa trousse de secours où se trouve de la morphine, ce qui pourrait grandement l’aider.
Joint lors d’une vacation spéciale tenue à 17h00(heure de Paris) le navigateur Marc Guillemot n’était plus qu’à une quarantaine de milles nautique de Yann Élies. Il faisait route à toutes pompes, dans une mer cassante, vent dans le pif et avec un bateau handicapé par un rail de grand-voile défectueux. D’une voix étreinte d’émotion Marc Guillemot a affirmé avec un sérieux ne faisant aucun doute, que «toutes les options sans aucune exception étaient envisagées» pour venir en aide à son compagnon d’infortune si la situation se détériorait.
IL faut dire que Guillemot a déjà vécu un semblable calvaire quand il était à bord du multicoque Jet Service IV il y a quelques années. Il avait du attendre les secours avec les jambes et le bassin cassés. Quand on connait un temps soit peu les qualités de ce marin hors norme, on sait que ce sera pour lui, une véritable torture mentale que d’être contraint à se tourner les pouces et faire des ronds autour du monocoque rouge de Yann Élies sans être en mesure de lui porter secours. La seule et unique chose qui pourrait l’empêcher de monter à bord de Generali sera le temps et l’état de la mer qui risquent de menacer sa sécurité lors de l’opération. Mais ceux qui connaissent Guillemot savent qu’en bon marin expérimenté, il fait déjà travailler ses méninges pour concevoir des scénarios afin d’effectuer un abordage de façon sécuritaire. Car, s’il est une chose sur laquelle tous s’entendent, c’est que même une heure, c’est trop long. Imaginez-en 48 alors…
L’«idéal» serait d’attendre l’arrivée de Samantha Davies. Avec l’aide de l’anglaise, Guillemot pourrait à ce moment se servir d’ancres flottantes ou d’une bouée de sauvetage pour passer une amarre de fortune autour de Generali. Samantha Davies pourrait alors le hisser sur le bateau avec l’une de ses winchs. Pour aborder le monocoque avec un minimum de risque pour sa sécurité, Marc pourrait se servir de l’un de ses canoës de sauvetage. Après avoir prodigué les premiers soins à Élies, il pourrait ensuite faire route vers le nord pour raccourcir le délai de contact avec la marine australienne.
Évidemment, tout cela relève du cinéma. Ça n’est faisable que dans la mesure où la mer et le temps se mettent de la partie. Et fort malheureusement, on annonce rien de bon de ce côté. De plus, l’opération a des implications incalculables. Guillemot serait contraint de lancer ses balises de détresse et d’abandonner son bateau avec tout ce que cela implique. Il devra par la suite s’éloigner au plus vite pour éviter tout risque de collision avec Generali. Sans compter que les chances de récupération de ce superbe espadon sont minimes dans ce désert marin. Mais qui se souci de Safran ? Comme on dit en anglais «Who cares ?» Même à 5 millions l’unité, quand une vie humaine est en jeu… Car nous savons tous que plus le temps passe et plus la situation devient critique… Et vous ! Que feriez-vous à la place de Marc Guillemot si vous aviez votre chance? En tous cas moi, je n’hésiterais pas une seule minute.
Dernière heure :
Marc Guillemot a fait la jonction avec Yann Élies. Il a pris contact avec ce dernier. Son état est stable et Marc n’envisage pas pour l’instant d’autre option que de demeurer au contact.






