J’avais choisi LeCam, Peyron et Thiercelin. Ce n’était pas un mauvais choix. Mais j’ai quand même eu tout faux. J’en avais oublié un. Le prof ! Peut-être est-ce parce que l’homme a un profil plutôt bas ? Il n’est pas des plus flamboyants. Et pourtant, Michel Desjoyaux nous a gratifiés d’un extraordinaire talent de raconteur de ses péripéties en mer. Chaque message de la nuit nous en a appris un peu plus sur la grande générosité vis-à-vis du public, qu’entretient ce marin hors norme. Et le partage de trois mois de son quotidien de coureur océanique fût passionnant à lire.
Mais revenons à ce qui nous intéresse. Si Michel Desjoyeaux a gagné ce Vendée globe, c’est d’abord à cause de son incroyable talent de navigateur. L’homme transforme tout ce qu’il trouve en or. Il a tout gagné. Que ce soit en multi ou en mono, rien ne vient à bout de la détermination de cet entêté.
Comme on le sait, pour pratiquer la voile océanique de compétition, il faut avoir des qualités sportives plus grandes que le commun des mortels. Il faut avoir une résistance physique loin au dessus de la moyenne. Il faut avoir de multiples connaissances, particulièrement en météorologie. Finalement, il faut être des plus débrouillards pour être en mesure de réparer les nombreux bobos du coursier.
Mais pour venir à bout de gagner un Vendée-Globe il faut aussi avoir quelque chose de plus que tous les autres. Une sorte d’aura qui fait que la chance que l’on se créer soi-même finit par se transformer en gain. Cette année plus qu’aucune autre auparavant, il fallait la faire cette satané chance pour passer à travers. Mais au fait, j’y pense ! De quoi parle-t-on ? En effet, le prof a connu son heure de déveine en début de course. Il a dû retourner aux Sables d’Olones pour réparer un balast et en est reparti le lendemain avec plus de 400 milles de retard. Il a même eu jusqu’à 670 milles dans le trou pour par la suite, remonter le peloton et doubler tout le monde…
Dans de nombreux sports, on retrouve des gens dominants. Au basketball il y a Michael Jordan. Au Hockey il y a eu Mario Lemieux. Au soccer, il y a eu Pelé et en F1, Alain Prost. Mais même encore là, la comparaison est boiteuse. Vous mettez tous ces talents, qui ne sont pourtant pas les moindres, dans un mélangeur, vous brassez le tout et vous n’arrivez pas à la moitié d’un Michel Desjoyaux. Car si remporter un Vendée-Globe fait de vous un champion, en remporter deux vous fait entrer dans la légende de votre vivant. Le nom de Desjoyeaux doit être écrit en lettre d’or non seulement dans le temple de la renomée de la course au large mais également dans l’histoire mondiale du sport ainsi que le Larousse des noms propres.
Ce que Michel Desjoyaux vient d’accomplir n’est rien de moins que le plus grand exploit sportif de tout les temps. En effet, aucune autre épreuve sportive ne contraint à un effort continuel sur une aussi longue période. ( près de trois mois) Aucune épreuve sportive ne pousse l’être humain aussi loin dans les plus ultimes retranchements de ses capacités physiques, psychologique et mentales. Voilà pourquoi en remportant son deuxième Vendée-Globe, le prof devient aujourd’hui un géant. Comme on se souvient du jour où l’homme marcha sur la lune, on se souviendra du jour ou Michel Desjoyaux remporta son deuxième Vendée-Globe. On est dans l’ordre du « pas possible ». Un impossible balayé dans le sillage de Foncia et de son skipper.
On apprenait en cette fin d’après-midi que le voilier de Roland Jourdain se détournait vers les Açores ou Madère, c’est selon. Mais les derniers fichiers semblent indiquer que ce sera plutôt Madère. La raison ? Le voilier de 60 pieds a perdu sa torpille au cours des dernières heures. Bilou navigue présentement sous trois ris et trinquette et avec les ballasts remplis jusqu’au bouchon. Avec cette voilure et cette vitesse pépère, Bilou veut tenter le coup et se rendre jusqu’à Madère pour sauver son bateau du chavirage qui caractérise habituellement ce genre de situation. Il s’agirait du treizième abandon dans cette course de fou si Bilou rend les armes. Mais l’homme a du coffre. Aussi, évalue-t-il présentement l’idée de rejoindre les Sables d’Olones même avec son teufteuf. Une fin de course qui promet.
Ce dernier coup du sort propulserait le jeune Armel LeCléach au deuxième rang. Déjà que la troisième position était pour ce dernier un incroyable dénouement, le jeune marin doit maintenant se pincer pour savoir s’il rêve. Il n’est plus qu’à un pas du premier rang.
Quant à Michel Desjoyaux, il n’est toujours pas au bout de ses peines. Bien que son avance soit considérable, il fait maintenant face à une météo capricieuse, des vents changeants, une mer de m… des baleines dans les pattes et finalement, comme si cela n’était pas suffisant, des conteneurs échappés en mer qui flottent ça et là et menace d’arracher le premier appendice à se présenter la face.
Combien d’autres rebondissements surviendront sur ce tour du monde ? Nul ne sait. Mais une chose est certaine. La Calice semble devoir être bu jusqu’à la lie.

Mike Golding est l’un de nombreux
concurents qui ont connu les affres d’un
Québec, 25 janvier 2009 Par Michel Sacco Cette 6e édition s’est révélée beaucoup plus dure en termes météorologiques que la précédente, ponctuée de plus nombreux accidents -notamment en raison de chocs avec des épaves- mais les trop nombreux démâtages indiquent clairement que les architectes et les gréeurs ont du pain sur la planche. Cette cascade de démâtages avait débuté plus de deux ans avant le départ de l’épreuve, et elle s’est poursuivie inexorablement. Kito de Pavant, Marc Thiercelin, Yannick Bestaven, Loïck Peyron et Mike Golding en ont fait les frais. Dans le cas des deux derniers cités, la casse est d’autant plus affligeante qu’elle a éliminé de potentiels vainqueurs de l’épreuve. Alors évidemment, on est tenté de critiquer coureurs, architectes et techniciens en tout genre d’avoir cherché à gagner quelques kilos de trop dans les gréements. La critique est aisée, mais l’art difficile. Et croyez-moi, ils sont plusieurs en ce moment à se poser de sérieuses questions sur cette épidémie de démâtages.
e compatriote Derek Hatfield. Le voilà coincé en Tasmanie, la caisse de bord à sec, ne sachant comment ramener Spirit of Canada à bon port. Il aurait certainement mérité mieux après tant d’efforts. Le Vendée Globe est loin d’être une course facile, mais la recherche de fonds au Canada pour financer la course au large semble encore plus difficile que la navigation au cap Horn.







