
Crédit photo: © B. Stichelbeault/PRB
Cela fait un bon moment que nous n’avons pas parlé de la classe IMOCA. Il faut dire qu’il ne s’est pas passé grand-chose cet hiver dans le grand cirque. Mis à part quelques entraînements notons que l’état de santé de Roland Jourdain a fait jaser. On apprenait récemment que Roland Jourdain avait reçu des traitements à l’avant-bras. Une nouvelle assez laconique…
On a su aussi que le bateau de Sébastien Josse était entré en chantier. On présume que ce sera pour un bon moment compte tenu que ce bateau a pratiquement coulé lors de la Transat Jacques-Vabre l’an dernier.
Puis il y a aussi Michel Desjoyeaux qui s’est fait construire un bateau neuf et qui a vendu son plan Finot aux espagnols. Le prof a un cahier de charge assez volumineux puisqu’il se lance également dans l’aventure avec la mise en chantier d’un nouveau multicoque one design (monotype) qui vise à remplacer les multicoques Orma qui appartiennent maintenant au passé.
La nouvelle du jour a donc de quoi susciter un certain enthousiasme chez les scribes. Le nouveau PRB est sorti des hangars pour être quillé et mis à l’eau en après-midi aujourd’hui. Il s’agit d’un plan VPLP de l’architecte Guillaume Verdier. Le nouveau coursier est à toutes fins pratiques un sistership du Safran de Marc Guillemot.
Le bateau a aussi subit son test obligatoire de retournement. Les premières photos montrent qu’il s’agit d’un sacré beau jouet. C’est le bateau de Marc Guillemot mais en mieux. L’équivalent de Safran maximisé. La deuxième génération d’un coursier révolutionnaire. Le nouveau bateau naviguera dès la semaine prochaine. On optimisera le coursier dans les jours qui viennent. Car si le bateau ressemble fort au Safran de Marc Guillemot, l’équilibre voilure-appendice est par contre fort différent.
Les premiers milliers de milles nautiques nous en diront plus sur les performances de ce nouvel espadon qui enflamme déjà l’imaginaire de bien des gens, à commencer par le patron de l’entreprise PRB, Jean-Jacques Laurent qui semblait éblouit par ce nouveau représentant de l’entreprise de revêtement de bâtiment.
Crédit photo: Ouest-France
Il y a longtemps que l’on n’avait pas entendu parler de Jean LeCam. Pour faire une courte rétrospective, rappelons que le marin le plus coloré du plateau des monocoques IMOCA l’a échappé belle lors du dernier Vendée-Globe lorsque son bulbe de quille a décidé de l’envoyer paître à quelques centaines de milles au sud du Chili. La mésaventure de LeCam avait donné des sueurs froides au comité de course, à sa famille ainsi qu’aux millions de fans et d’internautes qui suivaient le déroulement du Vendée-Globe, alors que pendant plusieurs heures, on n’avait pas eu de nouvelle.
Le dauphin du Vendée-Globe 2004 avait plus tard été secouru par son éternel adversaire, Vincent Rioux. Lors de la manœuvre de récupération, ce dernier avait endommagé un de ses outriggers. PRB avait ensuite démâté quelques jours plus tard, conséquence des dommages causés lors de ladite manoeuvre. Suite à cet incident, les deux bagarreurs de rue du Vendée-Globe 2004 avaient aboutis à Ushuaïa en Argentine. C’est Isabelle Autissier qui avait à ce moment accueilli les deux navigateurs.
Cette histoire n’est d’ailleurs toujours pas terminée. Le parquet parisien devra entendre dans les mois à venir, une requête en justice de l’équipe de course océanique PRB qui réclame une somme monétaire aux autorités du Vendée-Globe pour les dommages causés au bateau de Vincent Rioux. Entre temps, Vincent le Terrible a vendu son bateau, acquis par Arnaud Boissière. Il a ensuite lancé la construction d’un nouveau coursier, un plan Verdier qui devrait voir le jour au printemps prochain. Pour ce qui est de la Transat Jacques-Vabre, Vincent Rioux prendra le départ aux côté d’Arnaud Boissière sur Akena Verandas.
Pendant ce temps, LeCam, lui, est toujours à la recherche d’un deuxième partenaire pour monter un projet avec VM Matériaux. Lors d’une entrevue donnée récemment, il laissait aussi entendre qu’il existe une réelle possibilité de partenariat avec l’écurie de Vincent Rioux. De plus, il a décidé de répondre à l’invitation de Yves LeBlevec et de monter à bord de son tout nouveau multi 50. LeBlevec que l’on a vu ici l’an dernier à l’occasion de la Transat Québec Saint-Malo embarque donc le roi Jean, permettant du coup à ce dernier de faire un retour en multicoque. En effet, Jean LeCam avait déjà été à la tête de Bonduelle, un multi de 60 pieds de classe ORMA.
Pour LeCam, il s’agit aussi d’un retour en compétition sur une grande course océanique. Le couple nouvellement formé a annoncé ses couleurs récemment en raflant le championnat des Multicoques à Saint-Quay-Portrieux en France. Une mise en jambe qui à ce qu’on dit, aurait beaucoup plu à LeCam.
Les deux comparses sont présentement à préparer le bateau. On sait que LeCam est l’un des meilleurs en ce domaine. Avec un coursier flambant neuf et un coéquipier comme LeBlevec, il est clair que cette fois-ci, le roi Jean a tous ce qui lui faut pour finir un rang au dessus de ce qu’il appelait « la place du con, » surnom qu’il a affectueusement donné aux deuxième et quatrième position du classement en raison du peu de cas que l’histoire fait généralement de celles et ceux qui termine à ces places… sauf quand ces derniers s’appellent LeCam…
Dans 100 ans, quand on parlera de course océanique, le nom qui reviendra sera celui de Michel Desjoyaux. L’exploit que ce grand Seigneur du large a accompli fait dans la démesure.
Plus de doute, le prof transforme tout ce qu’il trouve en or. On se demande même si le Tiger Wood de la voile n’est pas finalement la réincarnation d’Éric Tabarly.
Le point central de cette édition du Vendée-Globe est Michel Desjoyaux. Nous retiendrons pour des années qu’un homme parti avec une journée de retard a rattrapé tout le monde, pris la tête et terminé en vainqueur.
Il ne s’est pas découragé, il n’a pas appelé sa maman pour lui demander consolation. Non ! Il a relevé la tête et dit « je vais faire de mon mieux. Je vais faire la meilleure course que je peux. » Et ça, cette attitude de gagnant et de persévérant, ça marquera au fer rouge pas seulement le Vendée-Globe mais aussi toute l’histoire du sport.
Car pour toutes ces raisons, ce que Michel Desjoyaux a accompli est de très loin le plus grand exploit sportif des temps modernes. Finir le Vendée-globe est une bénédiction, le gagner est une consécration. Mais gagner deux fois semblable course relève d’un génie et d’un talent d’une rareté diamantaire.
Et pour fermer la trappe aux mauvaises langues qui prétendent que Mich’Dej l’a eu facile en raison des multiples abandons, rappelons que pour prendre la tête, ce marin phénoménal a doublé à la régulière Sébastien Josse, Armel LeCléac’h, Vincent Rioux, Jean Lecam et Roland Jourdain, qu’on ne vienne pas me dire que cela n’est rien…
Pourtant, quand Voile en Ligne a fait ses prédictions, Nous n’avons pas pensé à Michel Desjoyaux. Aujourd’hui, on se demande bien pourquoi… C’est peut-être parce que l’homme cache bien son jeu. Il est plutôt discret le prof.
Mais de toute façon, si le Vendée-Globe avait été comme une mise au 6/49, il n’y aurait probablement pas eu de gagnant et le gros lot aurait été reporté sur la semaine suivante.
Curieux tout de même. Vous remarquerez que dans mes prédictions, je n’ai pas écrit un traître mot sur Armel LeCléac’h ou sur Dee Caffari non plus. Il ne fallait pourtant pas être devin pour savoir que l’anglaise allait terminer ce Vendée-Globe. Elle qui bénéficiait au départ de l’expérience des mers du sud. Mais si je vous avais dit à ce moment qu’elle finirait septième, elle aurait peut-être terminé plus loin… C’est comme au Tiercé. Quand on regarde ses numéros, on se dit toujours qu’on a passé proche…
Ce Vendée-Globe aura été celui des outsiders. Il aura été celui des patients versus les enragés. Et à ce jeu, les premiers ont gagné haut la main. S’ils ont remporté la mise, c’est en raison d’une gestion de course très intelligente. Ils ont su protéger leur bateau dans les moments critiques. Ils ont réduit la toile quand le vent se renforçait. Ils ont gagné la bataille parce qu’ils ont su comment la jouer et sur quelle portion du terrain il fallait envoyer le ballon.
On l’a vu au Cap Horn lorsque Météo-France a avisé Brian Thompson, Dee Caffari et Arnaud Boissière que le diable s’en venait sur leur chemin. Ils ont laissé la course de côté. Thompson s’est mis à la cape tandis que Caffari et Boissière plongeaient vers le sud pour éviter le coup.
S’il est une amélioration que les organisateurs devront apporter au Vendée-Globe, ce sera de faire en sorte que le courage et la détermination et l’esprit sportif soit davantage reconnu. Il faut des trophées ainsi que des points au classement IMOCA pour des attitudes comme celle de Sam Davies, de Marc Guillemot Dee Caffari ou Norbert Sedlaceck. Ces gens là redonnent au sport tout son sens.
Beaucoup de choses ont été dites sur toutes les avaries que ce Vendée-Globe a amenées. L’IMOCA a d’ailleurs senti le besoin d’expliquer que les règles allaient être réexaminées en raison du nombre élevé d’abandon. Les ingénieurs et architectes répondent de leur côté qu’un bateau n’est pas conçu pour se coucher sur l’eau et qu’incidemment, si les barres de flèches sont cassées, c’est qu’elles ne sont pas utilisées de manière adéquate… Les marins répondent que les bateaux se couchent parfois…
Et c’est ainsi que la balle est retourné des coureurs vers les architectes, puis des architectes vers les coureurs. Et les sponsors sont entrainés dans cette valse à mille temps avec le public qui demande toujours plus d’action dans un sport où les risques financiers sont dantesques. On a entendu parler ça et là du budget de 10 millions d’euros pour le Vendée-Globe de 28 heures d’Alex Thompson. Mais ça, c’est faire un très mauvais calcul des retombées car la plupart des sponsors sont gagnants avant même le début de la course.
Pendant que les gaulois argumentent pour ne pas dire s’engeulent sur la qualité du poisson, il faut se rendre compte que nous oublions le plus grand VIP à s’être invité à la fête. On construit de sacré beaux bateaux, des machines qui enflamment autant les embruns que les esprits. Ces bêtes ne sont pas fabriquées en peau de pette. Personne ne veut laisser sa peau dans cette aventure. C’est pourquoi quand on les examine, on réalise que ces bateaux sont d’une solidité inouïe.
Non ! le problème vient plutôt de notre VIP. C’est elle qui a joué les pique-assiettes. Dame Nature est la grande responsable. Ce Vendée-Globe est de loin le plus dure depuis celui de 1996-1997. On apprend tous de nos erreurs. Il y a certes un post-mortem à faire pour tenter de trouver des solutions. Mais la mer restera toujours ce qu’elle est. À certains moments, elle est impitoyable. Elle peut vous avaler d’une seule petite bouchée. Et le risque sera toujours présent. Alors s’il y a des compte à régler, faisons-le à coup de tarte à la crème car il faut d’abord se féliciter d’avoir ramené tous le monde à la maison sans trop d’encombre si l’on fait exception de Yann Éliès.
Ce Vendée-Globe nous a fait passer par toute la gamme des émotions. Pour cela, il faut rendre hommage aux organisateurs. Ho vous savez, il y a bien eu quelques impairs quant à la qualité des reportages vidéo. Il faudra certainement ajouter une touche de professionnalisme aux reportages le jour du départ et à ceux marquant les arrivées des coureurs. A ce titre, l’organisation doit jongler avec l’importance du direct pour les internautes d’une part et les coûts faramineux qu’engage la production de telles émissions de l’autre. Pas simple !
La Volvo Ocean Race a résolu le problème et il n’y a pas de raison que l’organisation du Vendée-Globe n’y parvienne pas à son tour. Mais dans l’ensemble, on avait 4 sur dix en 2004 et nous sommes maintenant au dessus de la note de passage 6.5/10. Nous savons que le meilleur est à venir et nous avons confiance dans ceux qui sont là. Ils ont fait du bon boulot dans l’ensemble.
Nous retiendrons du Vendée-Globe 2008-2009 ces voix d’outre mer qui ont partagé avec nous leurs émotions, leurs joies et leurs déceptions. On ne peut qu’être admiratif devant autant de générosité face au public. Il ne reste qu’à dire un gros merci à tous ces gens là. À l’organisation, aux travailleurs de l’ombre qui ont vu leurs années d’efforts partir en mer. Ceux qui ont poncé à la mitaine. Une bonne pensée aussi à tous les skippers et leurs familles.
Pour ma part, à la lecture du texte que j’ai mis en ligne hier, mes prédictions se sont avérées bonne mais j’ai perdu mon pari. Je dois aller payer mes créanciers maintenant. Prochain départ: le Vendée-Gobe 2012.