
Le séjour des VO 70 dans la ville de Boston attire cette année plusieurs membres du gratin français de la voile. Pas le moindre de ceux-là, Michel Desjoyeaux sera ce week-end à Boston, et ce ne sera pas que pour faire du tourisme. Michel Desjoyeaux y sera aussi pour monter à bord de Telefonica Blue lors de l’inport race, histoire de se familiariser quelque peu avec le fonctionnement de ces supers-machines. Il faut dire que les français ont historiquement été bien représentés dans la Volvo Ocean Race. Le skipper Sébastien Josse a même été le leader de l’une des équipes ABN AMRO lors de la dernière édition.
Cette fois-ci cependant, il serait question d’un sujet beaucoup plus sérieux. Et la présence du patron de l’entreprise Mer Agitée n’est pas étrangère aux nombreuses rumeurs de pontons voulant que nos cousins soient engagés dans une réflexion sur l’opportunité de présenter une équipe lors de la prochaine édition de cette course magnifique, dont l’organisation est presque parfaite.
Seuls écueils, les énormes coûts qu’entraîne la participation à la Volvo Ocean Race et incidemment, le petit nombre d’équipes participantes. Mais l’intérêt pour cette course n’en est pas moins très grand en dépit de ces quelques difficultés. Le rapprochement des vitesses de ces bateaux avec celles des multicoques ne peut qu’intéresser les constructeur et marchands de vitesse que sont nos cousins d’outre-Atlantique. Chose certaine, la suite logique de l’engagement des français dans la Volvo Ocean Race passe par la construction du premier VO70 à courir sous les couleurs de la république.

Jusqu’à maintenant, ce début de course prend des allures de lendemain de veille. Les équipages doivent composer avec une météo des plus capricieuses. Des grains incessants, des effets de côte et des calmes se succèdent, rendant l’environnement des coureurs étrangement semblable à un pot-au-noir qui aurait décidé de se présenter en avance. Au pointage de ce matin, les bateaux commençaient enfin à accélérer un peu même si les vents étaient toujours aussi instables. Les équipages sont à effectuer une multitude de changements de voiles et de réglages et les ampoules aux mains réapparaissent comme autant de mauvais souvenirs.
Sur Telefonica Blue, qui était le leader du levé du jour avec seulement 17 milles d’avance, Bouwe Bekking rapportait que lui et ses hommes ne comptaient plus les allers-retours entre la soute à voile et le pont avant. Toute la garde-robe y est passée.
Sur Ericsson 3, une rupture de bastaque a mis toutes les équipes sur le pont en un éclair et du tonnerre au beau milieu de la nuit. C’est d’ailleurs ce même tonnerre qui a réveillé le représentant des médias Gustav Morin. Le journaliste qui était dans sa bannette à ce moment, a rapporté avoir eu la peur de sa vie en entendant le bruit sec que cela a provoqué. L’incident a forcé l’équipe de Magnus Olsson à affaler tout le bazar pour ensuite installer une bastaque de fortune, ce qui a fait perdre de précieux milles à l’équipe.
Cette étape est l’une des plus difficiles du tour car il s’agit d’un parcours presque entièrement côtier, donnant droit à toutes les susceptibilités météo possibles. Les équipages naviguent souvent à vue et les stratégies sont peu nombreuses, de quoi énerver encore plus les marins. Le jeu du chat et de la souris devrait donc continuer dans ce champ de mines n’offrant que peu de certitudes météorologiques aux coureurs. Ce n’est que lorsque ces derniers attraperont le Golf Stream que les choses pourraient changer pour le mieux, offrant des conditions qui seront peut-être un peu plus stables. Puis même encore…

Les traits tirés du grand responsable dela victoire d’Ericsson 3,
le skipper Magnus Olsson.
Crédit photo:Gustav Morin/Ericsson 3/Volvo Ocean Race
Au terme d’une étape interminable, qui a duré plus de 40 jours, l’équipe Ericsson 3 du skipper Magnus Olsson vient de franchir au petit matin la ligne d’arrivée de la 5ième étape entre Qingdao en république populaire de Chine et Rio de Janeiro au Brésil. Cette victoire est largement attribuable au choix controversé de routage effectué par le skipper.
Plutôt que de faire route plein sud pour aller chercher les vents forts dominants dans les quarantièmes rugissants, Magnus Olsson a choisit une option résolument nord, abandonnant du coup tout le reste de la flotte.
Un choix qu’on pourrait qualifier de « long shot » mais qui a dans les circonstances a fournit à Ericsson 3 un angle d’entrée au Horn lui permettant presque de manœuvrer sur un seul bord. Le groupe a donc franchit le caillou avec une bonne avance et ne fût jamais sérieusement menacé par la suite.
Passé en mode furtif(1) depuis les 24 dernières heures, le monocoque est réapparu en fin de nuit alors qu’il n’était plus qu’à une vingtaine de milles de l’arrivée. Toujours propulsé par de très petits airs, le bateau affichait alors une vitesse moyenne quasi gênante de 6 nœuds seulement.
Ericsson 4 qui naviguait seulement quelques milles derrière le leader est lui aussi passé en mode furtif seulement quelques heures après son petit frère, un jeu du chat et de la souris mettant les nerfs des équipiers à vifs.
D’ailleurs, les hommes épuisés se tortillaient les méninges depuis des jours pour tenter de trouver la moindre brise susceptible de pousser un peu plus le bateau.
Ces athlètes devaient aussi se rationner. En effet, depuis environ une semaine, les rations étaient distribuées une fois par jour à ces hommes dont la condition physique demande une contribution importante en énergie. De quoi faire monter la tension en flèche dans ces bateaux dont on connait l’étroitesse du milieu de vie et la promiscuité permanente qu’elle impose. Ajoutez à cela la chaleur caractéristique du Brésil et vous avez là un cocktail de relations interpersonnelles tout à fait explosif.
Il était donc grand temps que l’étape finisse. D’ailleurs les bateaux sont attendus avec impatience par les équipes techniques qui les démâtent et les sortent de l’eau seulement quelques minutes après l’arrivée. Une importante tâche de remise à niveau et de nettoyage se met alors en branle. Les coursiers sont ensuite reconfigurés en mode régate en vue de la course in port qui sera la prochaine étape du ce tour du monde.
(1)Les règles de la Volvo Ocean race 2008-2009 permettent d’user d’une stratégie furtive en cachant le bateau aux autres concurrents. Pendant 24 heures, seuls le directeur de course et les responsables informatiques du comité de course savent la position exacte du bateau. Les concurrents peuvent user de cette stratégie qu’une seule fois par étape au moment qui leur semble le plus opportun.





