Voile En Ligne 2017-03-30 @ 20:26:12 -04:00 UTC
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Visite chez Multiplast

Un des chef-d’œuvres de Multiplast, le voilier Virbac Saint-Michel du skipper Jean-Pierre Dick

Un des chef-d’œuvres de Multiplast, le voilier Virbac Saint-Michel du skipper Jean-Pierre Dick

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Le grand manitou de Multiplast Yann Penfornis n’a aucune prétention. C’est un homme de terrain dont le bureau n’est qu’un lieu de travail parmi d’autres. Ses outils préférés semblent toutefois être les oreilles et les yeux qui lui servent à entretenir une culture d’entreprise très collégiale.

Lors du passage de Voile en Ligne en France au mois de novembre dernier, nous nous sommes intéressés au développement industriel et commercial qui entoure là-bas le milieu de la course au large. On a voulu en savoir un peu plus sur ce modèle de développement et on s’est arrêté dans quelques’unes de ces entreprises pour rencontrer leur dirigeant. Le but était de voir comment ça se passe et aussi de s’interroger sur ce qui pourrait être applicable chez nous afin de donner plus d’essor à ce sport. On a voulu voir le modèle français de développement économique autour de la voile de performance. On a appris beaucoup de choses et nous avons fait des rencontres extrêmement intéressantes.

Le nom ne dit peut-être pas grand-chose aux profanes. Mais pour quiconque gravite un tant soit peu autour du milieu de la voile et de la course au large, Yann Penfornis est une référence. En effet, le grand patron du chantier Multiplast et son équipe sont devenus au fil des ans des leaders et des sommités du domaine des composites.

« Multiplast est un miracle qui dure depuis 20 ans. Rien n’est jamais acquis en ce domaine[…]. En affaires il n’y a que des partenaires. Les amis sont plus rares. Et si vous n’offrez pas un produit à la hauteur des attentes, vous vous retrouvez rapidement dans une situation difficile[…]. Chaque détail a son importance et rien ne doit être laissé au hasard. Ça part du bureau d’étude en passant par les opérations jusqu’à la chambre à peinture. Nos marges d’erreur sont pratiquement nulles. Nous avons entre nos mains la sécurité de ceux qui naviguent sur les engins que nous construisons. C’est une préoccupation majeure. » -Yann Penfornis

Les bureaux de Multiplast sont situés à Vannes. À notre arrivée, on aperçoit Spindrift II en chantier. Il s’agit du plus grand trimaran du monde qui est passé chez nous au Québec l’été dernier. Il est là essentiellement pour une révision faite par l’équipe de Spindrift elle-même, nous explique le directeur. À l’intérieur de l’atelier, nous apercevons également les flotteurs du AC45 Groupama qui participera à la coupe America. Le représentant de Voile en Ligne était au moment de son passage, le seul journaliste au monde à les avoir vus. Mais bien entendu, nous ne sommes pas autorisés à photographier ou décrire ce que nous voyons, et ce pour des raisons stratégiques évidentes. De toute façon ce n’est pas le but de notre visite. L’idée est d’abord de donner aux Québécois un aperçu de la vie derrière les coursiers et du monde économique qui pivote autour de l’industrie de la course au large.

Yann Penfornis nous montre l'un des autoclaves utilisé chez Multiplast

Yann Penfornis nous montre l’un des autoclaves utilisé chez Multiplast

Et de la vie, il y en a. Ce qui frappe d’emblée en visitant le chantier, c’est de voir les dizaines de personnes qui y travaillent. Multiplast est une véritable fourmilière. Bureau d’études, découpe numérique, ponçage, stratification, cuisson, peinture, etc. Tout est huilé et fonctionne au quart de tour selon des schémas de travail définis étape par étape et dans les moindres détails. Multiplast est un très gros chantier qui emploie plus d’une centaine de personnes à temps plein.

Le chantier se divise en plusieurs parties. L’une d’entre elles est pratiquement neuve. Dans cette partie du chantier, les immenses fours effectuant la cuisson du carbone sont modulaires et peuvent être agencés selon la forme et la grosseur de l’engin fabriqué. Mieux encore, c’est le four sur rails qui se déplace sur l’objet à cuire. C’est un peu comme si vous ameniez le four sur le gâteau plutôt que de mettre ce dernier dans le four. L’avantage est que l’on n’a pas besoin de bouger les pièces. Les risques de déformation sont donc presque éliminés.

Multiplast emploie aussi des stagiaires en formation. Ces gens travaillent sur des démos ou de petites pièces. Puis ils abordent des tâches plus complexes au fur et à mesure que leur formation avance. Ils sont au moins une dizaine à s’affairer à la tâche dans une aire prévue à cet effet et sous la supervision d’un formateur expert.

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Une équipe s’affaire à étendre le carbone sur le moule d’un nouveau coursier.

Multiplast prend tout en compte. Gestion matérielle, récupération et santé et sécurité au travail. Le modèle de gestion est très collégial. Des canaux de communication sont ouverts entre chacun des éléments de la chaîne de production. Le cloisonnement n’existe pas. Le savoir est capital. Il est le gage de l’amélioration constante des produits qui sortent de l’atelier. Pour ce faire, l’échange d’information est permanent. Pendant notre balade Yann Penfornis s’entretiendra d’ailleurs avec plusieurs de ses employés qu’il semble tous connaître personnellement. Il les écoute, les observe, les questionne. Il glane des infos avec lesquels il travaillera à simplifier des procédés et accroître l’efficacité de son chantier.

Au chapitre du partage de l’expertise, Multiplast forme dorénavant un groupe appelé Carboman avec le chantier Décision SA en Suisse et l’entreprise Plastinov. Encore là, le partage de l’expertise est la motivation principale derrière le regroupement de ces entreprises.

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Étudiants en formation chez Multiplast

Multiplast et Carboman ne font pas que dans le domaine des voiliers de performance. On oeuvre aussi dans d’autres domaines liés à l’éolien, l’aéronautique et la défense. Notre visite dans ces lieux nous a révélé l’étroitesse des liens qu’entretient le milieu du nautisme de performance en Europe avec celui de la recherche industrielle et de l’aéronautique. Les universités et les chaires de recherche ne sont jamais très loin des chantiers. Elles profitent grandement de ce qui y est développé et c’est réciproque. Le milieu industriel dépend de ce qui est validé dans les milieux liés à la recherche et au développement. Le financement y est facilité d’autant puisque tous en profitent. Et pour le milieu industriel, il est beaucoup plus simple et moins coûteux d’offrir du support au niveau technique. Finalement, ça fait ça de moins à financer. Ça allège le fardeau et accroît l’indispensable communication entre les intervenants.

Est-ce la clé du succès? On n’en est pas très loin. Il y a des leçons importantes à tirer de ce que font les Français et surtout du souci qu’ils entretiennent à sans cesse cultiver l’expertise et inlassablement raffiner leurs produits. On ne bâtit pas une industrie de haute technologie comme Multiplast du jour au lendemain.

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Vision familière à notre arrivée chez Multiplast, le trimaran Spindrift II en chantier.

Le milieu des composites a connu depuis vingt ans des bouleversements gigantesques. L’ascension est fulgurante. Les bateaux d’aujourd’hui vont presque deux fois plus vite que ceux d’autre fois. Et ce n’est pas fini. L’arrivée de technologies telles que les foils ou les revêtements totalement hydrophobe annonce des sommets encore plus vertigineux. En 1989, Titouan Lamazou a complété le Vendée Globe en 109 jours, 9 heures et 48 minutes. Armel LeCleac’h l’a fait en 74 jours, 3 heures et 35 minutes. C’est 35 jours de moins, plus qu’un mois, vous rendez-vous compte? On a retranché plus d’un mois au temps de course initiale. Et il serait sans doute encore plus court si le parcours n’avait pas été rallongé en raison de la fonte des glaciers et des icebergs qui menacent aujourd’hui la flotte du Vendée Globe. Une augmentation des performances sportives de 32%, ça ne se voit nulle part. Aucun autre sport toutes catégories confondues n’a vécu une telle progression. Et ça, c’est grâce à des chantiers comme Multiplast et aux hommes et aux femmes qui les font fonctionner. C’est là que se passe une grande partie de la course.

 

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